Quelle vision culturelle pour Bruxelles?

Quelle vision culturelle pour Bruxelles?

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Symposium

Date

3 septembre

Heure

14:00 - 17:00

Lieu

Église Saint-Rémi

Adresse

Rue Michel Zwaab 5
1080 Molenbeek-Saint-Jean

Prix

Gratuit

Réservation

S'inscrire

À une époque marquée par l’incertitude politique, l’absence de gouvernement et la montée des tensions identitaires et des divisions, la culture devient à la fois un terrain de lutte et une source d’espoir. Tandis que certain·es évoquent une "guerre culturelle" et un paysage artistique de plus en plus influencé par les discours d’extrême droite, une question centrale émerge: quelle vision culturelle souhaitons-nous pour Bruxelles aujourd’hui, et pour l’Europe de demain? Ce colloque propose un espace de réflexion collective, de dialogue et d’imagination, fondé sur des valeurs telles que la solidarité, la générosité et le sentiment d’appartenance.

Inspiré par le concept de Sadaka, thème central de Molenbeek for Brussels 2030 et de sa candidature au titre de Capitale européenne de la culture, cet événement rassemble citoyen·nes, artistes, acteur·ices de la culture et décideur·euses politiques pour revisiter nos récits communs et co-construire un "nouveau nous".

Venez réfléchir, débattre et esquisser ensemble de nouvelles perspectives culturelles pour une ville qui mise sur la cohésion et un avenir partagé.

Programme

CULTURE BRUXELLOISE DANS LES ANNÉES VINGT ET TRENTE !

Les années vingt et trente du XXIᵉ siècle s’annoncent comme un tournant : social, écologique, démocratique et culturel. À Bruxelles aussi, cette réalité se fait sentir de plus en plus vivement. Fragmentation politique, méfiance démocratique, inégalités croissantes et dérèglement climatique nous obligent à poser des questions fondamentales sur notre manière de vivre ensemble – et sur le rôle que la culture peut y jouer.

À la veille d’une possible désignation comme Capitale européenne de la Culture en 2030, ce symposium veut mettre ces questions sur la table. Inspiré par le dossier de candidature Molenbeek for Brussels 2030, il explore comment une politique culturelle peut – et devrait – être un exercice de générosité, de démocratie, de solidarité et d’imagination pour l’avenir.

#1 QUELLE POLITIQUE CULTURELLE POUR BRUXELLES ? (14h15 – 15h00)

Il y a vingt-cinq ans, Bruxelles écrivait l’histoire en tant que Capitale européenne de la Culture. Dans le sillage de cette année exceptionnelle, une coopération unique est née entre acteurs culturels au-delà des frontières linguistiques classiques. Dans un paysage institutionnel fragmenté, le secteur culturel bruxellois a réussi à placer la réalité urbaine au centre et à travailler ensemble à un projet tourné vers l’avenir. Dans les années qui ont suivi, cette collaboration a abouti à un Plan culturel pour Bruxelles. Présenté en 2007, ce plan est devenu une référence importante pour les décideurs politiques, les organisations culturelles et les changemakers urbains.

Mais le temps n’a pas arrêté sa course. Bruxelles en 2025 est devenue une autre ville – plus diverse, plus complexe, plus stratifiée encore. Les constellations politiques, sociales et culturelles ont été profondément reconfigurées, tant au niveau local que global. La société civile contemporaine est une mosaïque d’initiatives temporaires, souvent thématiques. Les mouvements de base foisonnent, mais se heurtent à des fragilités structurelles : manque de continuité, moyens limités, et distance croissante avec les politiques publiques. Pourtant, dans cette multiplicité se cache aussi un potentiel. En marge apparaissent de nouvelles formes de solidarité, des pratiques radicales de soin, une imagination artistique et des résistances partagées. Ces initiatives ne forment plus un « centre » classique, mais plutôt un réseau d’engagement et de soin culturel. Dans le même temps, le discours dominant de polarisation culturelle, de simplification identitaire et de méfiance sociale gagne du terrain dans le débat politique.

En préparation d’une nouvelle candidature comme Capitale européenne de la Culture en 2030, Molenbeek for Brussels 2030 (MB2030) souhaite rouvrir le dialogue : non seulement sur la culture comme expression ou expérience, mais comme infrastructure sociale, force de lien, proposition de vivre-ensemble. Le Bidbook soumis par MB2030 peut être vu comme la « pose de la première pierre » d’un éventuel nouveau Plan culturel. Jan Goossens et Fatima Zibouh en résument l’essentiel dans une conférence introductive. Ensuite, ils dialoguent avec plusieurs acteurs culturels bruxellois sur le contenu et la pertinence d’un tel plan. Une politique culturelle qui non seulement organise, mais active. Qui non seulement subventionne, mais relie structurellement. Qui non seulement gère, mais ose rêver.

Keynote: Fatima Zibouh & Jan Goossens
Panel: Pierre Thys, Karlien Vanhoonacker (tbc), Eve deroover
Special Guests: Benjamin Dalle, Mounir Laarissi, Ayoub Ben Abdeslam

#2 CULTURE, DÉMOCRATIE ET CONFLIT (15h05 – 15h50)

Bruxelles a longtemps fait figure d’exception. Alors que d’autres villes et régions sont confrontées depuis des décennies à la radicalisation électorale et au populisme, la capitale est restée relativement stable. Sa réalité urbaine – multilingue, hyperdiverse, socialement complexe – semblait constituer un rempart naturel contre les récits identitaires simplistes.

Les récents résultats électoraux bruxellois ont cependant tendu le paysage politique. Ce n’est pas un seul déplacement idéologique qui en est la cause, mais une combinaison de facteurs. Résultat : paralysie politique. Pas de nouveau gouvernement. Pas de débat de fond. Juste blocage et méfiance.

Cette impasse dépasse le cadre institutionnel. Elle se diffuse dans l’espace public, les relations sociales, et le champ culturel. Alors que les initiatives de terrain et les artistes continuent à œuvrer pour le lien, la nuance et le soin, ils doivent de plus en plus le faire dans un climat de polarisation, de suspicion et d’érosion de la confiance démocratique.

Comment le secteur culturel doit-il se positionner dans ce contexte ? Faut-il revendiquer plus clairement le travail culturel comme pratique démocratique ? Doit-il prendre position contre les dangers du populisme, de l’exclusion et du réductionnisme idéologique ? Que signifie « travail culturel » dans une ville où la différence et la complexité sont des défis inévitables pour le vivre-ensemble ? En 1991, le choc du Dimanche Noir en Flandre a conduit à la création de Kunst en Democratie / Culture & Démocratie – un signal que la culture peut et doit aussi être une boussole morale. Peut-être Bruxelles se trouve-t-elle aujourd’hui à un carrefour similaire. Ce débat est une invitation à se positionner. Non pour choisir un camp au sens traditionnel, mais pour explorer le rôle que la culture peut et doit jouer lorsque l’espace démocratique est sous pression.

Keynote: Nadia Fadil
Panel: Annabelle Van Nieuwenhuizen, Jacques Remacle, Brigitte Neervoort
Special Guests: Aline Godfrin, Astrid Begenyeza, Jan Van Busselen (tbc), Fadila Laanan

#3 SADAKA, ÉCOLOGIE ET DÉCOLONISATION (16h00 – 16h45)

Sadaka – entendu comme un acte volontaire de solidarité, de générosité et de justice sociale – est l’un des concepts centraux du Bidbook de MB2030. Mais que signifie Sadaka aujourd’hui, dans un monde en mutation sociale et écologique ?

Ce débat invite à une lecture élargie de Sadaka : au-delà d’une pratique sociale ou spirituelle, mais comme principe culturel et politique. Un principe qui nous pousse à repenser la relation entre l’humain et la Terre. Car parler de Sadaka, c’est parler de soin. Et le soin ne s’arrête pas à l’être humain.
Natural Sadaka – tel que formulé dans le Bidbook – est l’extension de ce soin au milieu naturel : les arbres qui respirent pour nous, les rivières qui nous désaltèrent, les sols qui nous nourrissent. C’est un plaidoyer pour une manière de vivre qui associe responsabilité écologique et générosité morale. C’est donner, non seulement aux humains dans le besoin, mais aussi aux écosystèmes en crise. C’est une solidarité avec les générations futures et avec la vie elle-même.

Cette dimension écologique est indissociable de la décolonisation. L’histoire coloniale n’est pas un chapitre clos, mais une couche active du présent. Le modèle extractiviste de l’économie coloniale – matières premières, savoirs, corps, paysages – a profondément marqué les systèmes naturels aujourd’hui menacés. La colonisation n’était pas seulement une occupation sociale, mais aussi une occupation écologique : appropriation des terres, épuisement des forêts, destruction de la biodiversité. En ce sens, la crise climatique actuelle peut aussi être lue comme l’héritage d’un projet colonial mondial. Sadaka, écologie et décolonisation vont ensemble et exigent une nouvelle imagination du vivre-ensemble urbain – y compris à Bruxelles.

Comment, dans cette ville postcoloniale, multiculturelle et hyperdiverse, tisser de nouveaux liens entre art, écologie et justice ? Quelles formes de soin et de solidarité sont envisageables – et nécessaires – à l’ère de l’épuisement planétaire et des inégalités structurelles ? Sadaka comme pratique d’avenir. Non comme charité, mais comme engagement partagé.

Keynote: Faustin Linyekula
Panel: David Van Reybrouck, Barbara Van Lindt (tbc), Youna Marette
Special Guests: Ans Persoons, Kalvin Soiresse, Guy Gypens (tbc)

 

Merci au collectif Le Zwaab de nous accueillir
Le Zwaab est un lieu culturel géré par l'ASBL Corps Ouest et installé depuis avril 2024 dans les allées et les salles annexes de l'église Saint-Rémi à Molenbeek. Suite au déménagement d'une éphémère expérience de librairie associative à la Galerie Bortier, ses membres proposent ici à des artistes de prendre résidence entre les murs de l'église et y organisent aussi des conférences, des concerts et des spectacles d'arts vivants. Le collectif collabore régulièrement avec d'autres associations du quartier en leur ouvrant les portes de l'église, afin d’initier des réflexions sur le futur du bâtiment.

Photos: © Pauline Arnould